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Ernst Peiffer, ambassadeur du foot germanophone

Il a porté les 4 casquettes: joueur, entraîneur, président et arbitre

 

On a tort de ne pas connaître Ernst Peiffer, car c’est un vrai gentleman. A 65 ans, il demeure un parfait ambassadeur du football germanophone, là où chaque village défend son clocher lors de derbies souvent homériques. De chez lui, à Nidrum, les oiseaux vont faire leurs nids à Butgenbach, Weywertz ou Elsenborn, selon les caprices du vent et du ballon rond…

  

Ernst Peiffer 2 smErnst  joua en première à Wévercé durant 15 bonnes années, surtout au libero, mais il avait débuté à Elsenborn, parce que des gens de ce club l’avaient remarqué en train de jouer au foot dans une prairie, en compagnie de son frère (c’était ça, le scouting de l’époque…). Il fit aussi un court crochet par Waimes,  fut joueur-entraîneur à Bullange et entraîna des jeunes à Weywertz et à Elsenborn.  Bref, les clubs et le football de « là en haut » (comme disent les gens d’en bas…), il les connaît sur le bout des crampons.

 

 

Des casquettes, il en porta en fait quatre et découvrit ainsi son sport sous toutes ses facettes : joueur, entraîneur, mais aussi président de Weywertz de 1991 à 2000, juste avant l’arrivée de Helmut Schumacher , et arbitre en catégories d’âge durant 2 ans (« Weywertz manquait d’arbitres et il fallait bien que quelqu’un se dévoue afin d’éviter les amendes… »).

-« Joueur, c’est évidemment le rôle le plus agréable dans le football. De mon temps, on ne commençait pas à 5 ans comme maintenant, mais à… 14 ans. On ne s’entraînait pas, on jouait seulement le match le week-end…   J’ai atteint l’âge de 16 ans un mercredi, et le dimanche suivant, j’étais aligné en équipe première à Elsenborn…  Aucun joueur ne rouspétait jamais sur la composition de l’équipe, on faisait confiance à l’entraîneur… »

- « Entraîneur, c’était intéressant aussi, mais cela empiétait trop sur ma vie familiale. Quand je rentrais à la maison, je n’avais que le football et mon boulot de chauffagiste en tête. C’est pourquoi je n’ai pas poursuivi. »

- « L’arbitrage chez les jeunes, c’était très facile à l’époque, mais au fil des ans, les discussions au bord du terrain ont commencé… »

- « Président, c’était chouette comme rôle, mais à Weywertz, c’était un bien grand mot. A l’époque, il en fallait un et ce fut moi… En fait, on formait une équipe de 14 ou 15 comitards et on prenait les décisions en commun, à la bonne franquette, car le club n’avait pas de véritables statuts… »

 

Frottez la manche de l’arbitre…

En 20 ans de carrière de footballeur, Ernst a affolé les statistiques. En tout et pour tout, il a manqué…
dix matches.

« A part une mâchoire cassée, je n’ai jamais été blessé. J’ai eu un seul match de suspension pour ce qu’on n’appelait pas encore des cartes jaunes. Quand j’étais militaire, il m’est arrivé de rater 2 ou 3 matches, mais quand j’étais de garde au palais royal à Bruxelles, je m’arrangeais pour revenir jouer au foot chez moi le dimanche. »

Pour ne pas être suspendu, Ernst avait un truc tout simple, venu du rusé Verviétois Léon Nizet, qui était alors son entraîneur.

« Soyez malins, nous disait-il, frottez la manche de l’arbitre. De toute façon, quand c’est sifflé, c’est sifflé, il ne reviendra jamais sur sa décision. Dès lors, dites-lui qu’il a raison et ainsi, la prochaine fois, il ne sifflera peut-
Ernst Peiffer 3 smêtre pas. Par contre, si vous rouspétez et qu’il vous prend en grippe, vous êtes mal… Et c’est ainsi qu’un jour, j’avais arrêté un adversaire en position de dernier  homme.  Pour éviter l’exclusion, j’ai donné raison à l’arbitre en lui tapotant l’épaule  et sa réponse fut : allez, c’est bon, mais c’est la dernière fois que je vous le dis… »

 

La volonté et la camaraderie

Parfait bilingue, il n’a jamais connu de souci communautaire ni linguistique : «Vous pouvez m’appeler Ernst ou Ernest, c’est pareil. Mes parents étaient nés Allemands, avant 1919 et le fameux traité de Versailles qui plaça notre petite région en Belgique.  A l’école primaire, j’ai eu des cours dans les deux langues. Plus tard, comme chauffagiste, j’ai souvent travaillé sur des chantiers en région francophone et je m’y suis toujours bien amusé. »

La vie est simple, il suffit de la comprendre… 

Le « racisme » et les insultes anti-germanophones, il tient aussi à les relativiser…

« J’ai gardé mon accent (sic), mais se faire traiter de sale Boche, c’est quand même très rare. J’ai entendu une fois cela de la bouche d’un… minime d’Andrimont, et j’ai connu un arbitre qui plaçait la frontière à… Battice, mais surtout, ne généralisons pas… »

Il distingue toutefois une différence essentielle dans les mentalités de footballeurs entre « germanos » et « francos ». On en parle si souvent dans notre milieu, mais quelle est-elle vraiment ?

 

« Chez nous, il y a cette volonté de tout donner et une très forte camaraderie.  Quand les Wallons mènent au score, tout va bien pour eux et ils sont souvent plus forts que nous. Mais quand ils sont menés, c’est différent, ils baissent plus vite les bras, ils critiquent plus vite leurs partenaires. Nous, on reste plus solidaire pour tenter de renverser la vapeur. Encore que ça évolue : même chez nous, les jeunes acceptent moins bien les remarques des anciens. De mon temps, on copiait ce que les anciens faisaient et c’est ainsi qu’on apprenait. »

 

Le dilemme pour de nombreux clubs « germanos », c’est : 1P ou 2C ? Où vaut-il mieux jouer ? La remarque concerne notamment…  Weywertz, qui vient de remonter.

« En sport, il faut toujours visier le plus haut possible et la 1P est réellement une belle série.  Evidemment, en 2C, on connaît plus de monde, c’est agréable,  et les rivalités entre clubs de chez nous mettent du sel et du poivre (sic) sur chaque match. Il suffit d’ailleurs de regarder ce qu’on en dit de nos jours sur facebook, c’est parfois terrible…, et  il y avait encore 800 personnes au dernier Weywertz-Amblève. Mais, bon, c’est tout de même plus « facile »  de bien  jouer au football  en 1P. Dans un derby en 2C, vous touchez à peine le ballon et un adversaire vient immédiatement vous tackler… »

 

Ne pas aligner 11 « étrangers »

 Weywertz comme ailleurs dans la région, le principe est simple : des transferts, oui, mais il faut garder une majorité de joueurs du cru.

« Chez nous, le foot, c’est l’âme d’un village et l’objectif n’est pas d’aligner onze étrangers (sic).  Mais bon,  la mission devient délicate, car le nombre de naissances diminue un peu partout. De là, à envisager des fusions, non, car la rivalité reste forte. Selon les générations, bonnes ou moins bonnes,  les entraîneurs essayent donc d’utiliser les forces et qualités de chacun pour en tirer le maximum. Là aussi, les mentalités des supporters évoluent, même chez nous. Auparavant, on comprenait cette situation et on encourageait son équipe. A présent, on critique davantage les choix de l’entraîneur, alors qu’on ignore bien souvent ce qui s’est passé en semaine. »

Ernst Peiffer le souligne donc à plusieurs reprises : le football « germano » conserve ses particularités et ses vertus, mais ne forme pas un monde idyllique. « Dans le vestiaire à Weywertz, on met un sac spécial pour les déchets, mais on commence à retrouver souvent des cannettes ou d’autres choses par  terre. Je n’apprécie pas cette perte de valeurs. »

Aujourd’hui, Ernst a pris ses distances avec le football. Enfin… juste un peu, car on ne se défait pas aisément de la passion de toute une vie.

« Je vais encore voir les matches à Weywertz et j’interviens en cas de soucis pour le courant, l’eau ou le chauffage.  Tout récemment, j’ai donné un coup de main pour notre tournoi Euregio des pré-minimes, dont c’était la 13e édition : deux jours de football, 240 joueurs, 150 personnes mobilisées, la participation de Schalke, Stuttgart, le Standard, Mouscron, Eupen. Et pas des équipes B, croyez-moi, mais bien les meilleurs de chaque club ! Mais je ne veux plus être « lié » au football comme je l’ai été. Et donc, je prends soin de « soigner madame », car elle a perdu beaucoup de choses à cause du football et je la remercie de son extrême patience. J’ai trois petits-fils. L’un préfère le mountain-bike et un autre s’est mis au football, mais comme il habite Amblève, il a signé là-bas, chez le… concurrent (sic). »

Aie…


Les matches de sa vie

 

Il y en eut…  deux, en fait, et les souvenirs d’Ernst sont plus collectifs qu’individuels… Le foot est un sport d’équipe.

. « Notre victoire à Malmedy (2-3) en finale de la Coupe de la Province en 1975, avec Léon Nizet comme coach. C’était la première fois qu’un club de la « région d’au-dessus » (sic) enlevait cette compétition.  C’était 2-0 pour Malmedy, on revient à 2-2 à 5 minutes de la fin, puis Norbert Boemer arrache la victoire… On avait battu 4 clubs de P1 : Vivegnis, Ferrières, Braives et enfin Malmedy.  La finale devait se disputer sur terrain neutre, mais où le trouver vu la courte distance entre les deux clubs ? Malmedy ne voulait pas venir chez nous. On s’est dit : nous, on n’a pas peur, on va donc aller chez eux…  Le gars qui lavait nos maillots n’était pas là, impossible de remettre la main dessus,  et on a disputé ce match avec les vareuses de notre équipe… réserve. Souvenir mémorable. En 3e mi-temps, les deux équipes, en parfaite amitié, avaient envahi la place Albert Ier et ses cafés… »

. « La toute première montée de Weywertz en P1 en 1982, avec Francis Monjoie comme coach : 2-3 à Honsfeld devant 1.000 spectateurs. Honsfeld était déjà condamné mais voulait absolument nous battre, et La Calamine nous suivait à un petit point…  Ce fut chaud, je ne vous dis pas… Pour cette montée, on avait touché chacun 1.000 francs, qui furent bien entendu très vite dépensés dans la buvette… »

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